Le Time-lapse pour capturer le mouvement

Le terme “Time-lapse” désigne en Anglais une technique cinématographique qui consiste à capturer des images à une vitesse plus lente que celle de leur projection. La projection étant “accélérée”, elle permet de visualiser des mouvements normalement imperceptibles en raison de leur lenteur (éclosion d’une fleur, pourissement d’aliments, aurore boréale, mouvements d’étoiles, de nuages…) ou bien elle permet de compresser le temps, afin de “résumer” des actions ayant une durée de plusieurs heures voire plusieurs jours (construction industrielle, mouvements de véhicules, de foule, mouvements de lumières la nuit, “making of” de tournage…). Cette technique, qui peut être esthétique ou ludique et souvent spectaculaire, connait un engouement important sur les sites de diffusion vidéo. Il n’existe pas de traduction exacte au terme “time-lapse”. En Français on pourrait dire “intervalle de temps” mais c’est un terme scientifique, ou “accéléré” pour rester dans le registre cinématographique, mais le mot est imprécis, cette traduction me semblerait approximative.

Démo de Pixel’s Revenge, la société de prod spécialisée en time-lapse des Français David Coiffier et Laurent Frappa (à voir en plein écran) :

Time-lapse versus Stop-motion

Contrairement à un film haute vitesse dont la diffusion à une vitesse normale produira un ralenti très précis, très fluide, en time lapse on utilisera des images capturées à intervalles réguliers et espacés (tout dépend du sujet, cela peut être un quart de seconde ou une journée), ces images étant relativement “séparées” dans le temps, il s’agira le plus souvent de photographies. Cet aspect photographique (image par image) destiné à devenir un film vaut au time-lapse d’être parfois confondu avec le stop-motion. Le stop-motion permet de créer des animations à partir de photos mais il est alors question de déplacer des objets et de restituer leur mouvement sous forme de film, il n’y a pas de “déformation” temporelle particulière (bien que cela puisse éventuellement s’ajouter au projet).

Pour quoi faire ?

Le time-lapse peut servir un projet éducatif (observation de la nature) ou un projet de communication (illustrer un projet de construction, un événement), il peut aussi donner un caractère dynamique ou spectaculaire à un paysage. Le procédé est souvent utilisé au cinéma mais aussi en publicité, en clip vidéo, illustration de reportage…

“Mardi Gras” par Keith Loutit (un effet tilt-shift est ajouté au time-lapse) :

Le Time-lapse, comment ça marche ?

Le time-lapse est une technique qui peut s’avérer très sophistiquée et qui comporte différentes difficultés.
1 / Une contrainte technique : il faut pouvoir assurer une grande quantité de prise de vue à intervalles précisément déterminés et très réguliers.
2 / Une contrainte temps : chaque projet peut mobiliser le matériel (et parfois celui qui s’en sert) pendant de longues durées. Cette durée doit être découpée en un certain nombre d’images, il s’agit donc de trouver le rythme approprié…
3 / Une contrainte de mouvement : suivant la scène photographiée, les paramètres (ou le rendu) peuvent variés, il faudra donc expérimenter, anticiper, calculer, et… avoir de la chance.

Echantillon de Panoramique “Nightlapse” par ziadchatila

La technique

Réaliser plusieurs centaines de photos à intervalle régulier ne peut se faire à la main. Quelques camescopes et APN comportent une option “intervallomètre”. Il existe même une appli iphone intitulée “TimeLapse” et en cherchant un peu vous trouverez certainement un freeware permettant la pratique du TimeLapse avec la web-cam de votre laptop…
Cependant il est conseillé d’utiliser un appareil réflex numérique. Sur la plupart d’entre eux, le réglage de l’intervalomètre se trouve dans le système du réflex et fonctionnera lorsque connecté à un PC.
Evidemment, ce n’est pas l’idéal question transport et confort d’utilisation… Il faut donc acquérir une télécommande intervallomètre, (elle vous permettra en plus de maîtriser les poses longues)… Attention à la connexion sur votre appareil photo qui devra être compatible avec la télécommande, ce paramètre change selon les marques et les modèles.

A titre indicatif voici ce que j’ai trouvé sur le net, juste pour vous montrer qu’il existe des tas de solutions, je vous conseille de bien regarder les prix et la fiabilité des produits qui peuvent changer selon les sites, vérifiez aussi que la télécommande fait bien intervallomètre et pas seulement retardateur :
- Pour Nikon D100/D200/F90/D2/F5/F6 et Kodak DSC-14 : Télécommande Retardateur Intervallomètre
- Pour différents modèles : Timer Declencheur à Distance programmable.
- Pour Canon 1000D, 300D, 350D, 450D, 400D, 30, 33, 50, 50E, 300V, 300, 3000 et Contax SLR 645, N1, NX, N Digital, Pentax *istD, *istDL, *istDs, *ist, *istDL2, Pentax MZ-6, ZX-L, MZ-L, Pentax K100D K110D K10D, Samsung GX 1L, GX 1S GX-10 : Télécommande intervalomètre.
- Pour D30-D60-10D-20D-30D-40D-50D-5D-1D-1D mkII/N-1Ds mkII-1D mkIII et 1Ds mkIII : Télécommande-Intervallomètre TC-80N3 Canon.
Ainsi l’intervallomètre permet de programmer une durée, un intervalle ou les deux; c’est donc un outil indispensable et dont la programmation est très simple.

Timelapse: Nightscapes par Tom du site Timescapes


Autre élément indispensable : le pied. En effet le time-lapse exige une stabilité irréprochable car le moindre choc ou une simple bourrasque de vent suffirait à gâcher vos 4 heures de prise de vue. Certains experts utilisent des pieds robotisés (qui effectuent une rotation progressive et très lente) ou des chariots de travelling millimétrés, dont les déplacements s’effectuent également par intervalles très lents.
Enfin il est question de capacité de mémoire. En effet 15 secondes d’un film à 24 images/seconde nécessite environ 750 photos, il faut donc pouvoir les stocker. Bien sûr, la taille des photos n’a pas besoin d’être très grande mais cela nécessite l’usage de cartes rapides et conséquentes si l’on souhaite faire plusieurs “prises”.

Twin Peaks San Francisco Sunrise (HDR time-lapse) par Chad Richard :


La technique n’est pas seulement matérielle mais aussi photographique. Pendant la réalisation d’un time-lapse, assurez-vous de passer tous vos réglages en manuel, y compris la mise au point. En effet, un changement de luminosité pourrait modifier l’automatisme de l’appareil et provoquer de brusques changements de densité ou de couleur sur vos images. Le passage en manuel vous permet de choisir vos paramètres et de fluidifier les changements naturels de luminosité de l’environnement.

Temps et mouvements

La fréquence photographique dépend du sujet et peut varier de 6 images par seconde jusqu’à une image par jour si le sujet est très lent. Il faut avoir en tête qu’un film normalement fluide nécessite une diffusion de 24 images par seconde. Plus les éléments en mouvement sont rapides ou proches de l’objectif et plus la fréquence de prise de vue doit baisser. Dans l’exemple ci-dessous, les photos sont réalisées avec un Nikon D60 réglé en 4 images secondes environ (plutôt rapide, il s’agit d’un mode rafale), ce qui est plus approprié à des personnages proches de l’objectif et un caractère particulier à l’image :

Par ailleurs il faut souvent abaisser la vitesse d’obturation de façon à adoucir et fluidifier les transitions entre images. Les mouvements les plus rapides de la scène paraitront toujours un peu saccadés, c’est une des caractéristique du time-lapse mais tous les mouvements lents ou à vitesse moyenne seront plus agréablement restitués. Une des difficultés consiste donc à trouver le bon compromis entre l’intervalle de capture et la durée de l’exposition.
Enfin on ne peut négliger le facteur chance : lorsque vous commencez une série de photos de plusieurs heures en pleine nature, vous ne savez pas précisément ce qui se présentera à vous. Pour cette raison il faut produire beaucoup ce qui permet “d’écrémer”, le time-lapse est une histoire de temps et donc de patience.

Compiler les images

Sur Mac il faut acheter QuicktimePro (existe aussi pour PC). Le fonctionnement est simple : “ouvrir une séquence d’images” et sélectionner la première image du film, le logiciel assemble les images au rythme que l’on détermine à l’ouverture (entre 1 et 60 images pas seconde). Il suffit ensuite d’exporter le film au format souhaité, soit pour une diffusion sur le net, sur iphone, sur DVD ou un import dans un logiciel de montage vidéo…
Une alternative PC gratuite et puissante : Virtualdubmod.

PG&E “Climate Smart” par Stardust Studios est un publicité inspirée de l’effet time-lapse


Le choix d’une musique est très important pour accompagner votre projet, tout comme en vidéo il faut éviter les morceaux trop connus et si on destine son film à une diffusion publique… il faut que les droits d’auteurs soient respectés.

Pour aller plus loin…

- Le site expert TimeTraveler de Chad Richard. De nombreux exemples et surtout un tuto en Anglais “How to make an HDR time-lapse” où il explique de façon détaillée comment booster ses images en bracketant chaque photo (le HDR time-lapse) puis en les traitant avec le logiciel “Photomatix”…
- Les vidéos de MILapse, architecte et passionné… (time lapse très grand angle, architecture…)
- Le site timescapes.org, des exemples intéressants, un forum en Anglais…
- Les vidéos de Keith Loutit, un Australien dont les time-lapse combinés au Tilt-shift ont une popularité incroyable sur le net…
- Le blog Time-lapse.fr, quelques tutos en Français, à suivre…
- Le blog Idées vidéo rassemble des idées de toutes sortes autour de la vidéo.



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Comments ( 3 )

[...] from a rooftop est une video du norvégien Paul Johannessen avec time-lapse et effet “tilt-shift” plutôt bien menée… Inspirée par celles de l’Australien [...]

Scenes from a rooftop | ideesvideo added these pithy words on May 29 09 at 19:04

Le choix des couleurs dans un timelapse HDR est aussi crucial, sinon la scène parait virtuelle.
http://www.youtube.com/watch?v=OkbQ2FwZvYk

Julien added these pithy words on Jun 15 09 at 15:19

Bon article! Merci pour les liens.

Romain added these pithy words on Nov 09 09 at 21:11

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